Outarde canepetière: Tetrax tetrax

Par son allure générale et une évidente propension à la vie terrestre, l'outarde canepetière évoque certains gallinacés comme le faisan. Elle s'en distingue cependant par une plus grande aptitude au vol , semblable à celui d'un canard avec le cou tendu et les ailes arquées, et un comportement migratoire pour les oiseaux du Centre Ouest.
Début avril, les canepetières arrivent par petits groupes sur les sites de reproduction. Les mâles rejoignent des emplacements traditionnels sur lesquels ils paraderont jusqu'à la mi-juillet. Ce chant, caractéristique, un "prrret!" bref et assez direct maintes fois répété aurait donné son nom à la canepetière.
Le mâle (1 kg) arbore durant tout le printemps un cou noir et blanc constitué de plumes érectiles. La femelle (0,7 kg) possède une livré ocre plus discrète. Trois à quatre œufs vert olive pondus dans une luzernière, un ray grass, ou une friche éclosent fin juin en général. Les oiseaux se rassemblent en septembre, puis quittent le secteur début octobre. Les oiseaux du Centre Ouest semblent hiverner en Espagne.
Son cadre de vie : la steppe herbacée
La canepetière a une réputation d'oiseau extrêmement farouche: elle est l'hôte typique et vigilant des étendues cultivées, au relief inexistant. Si la steppe constitue son biotope originel, un paysage ouvert de polyculture?élevage, alternant céréales et pâtures, luzernes et jachères lui convient parfaitement. Elle dispose ainsi d'une végétation claire ou rase pour la parade du mâle, d'un couvert plus dense pour la ponte et la mue.
La steppe herbeuse, ou de vastes friches, à l'abri de traitements insecticides favorisait la survie des jeunes. Au sein de la monoculture céréalière, le maintien de prairies et surtout de luzernières fauchées tardivement paraît indispensable à la réalisation du cycle de l'espèce.
En France:
On évaluait en 1979 à moins de 10 000 le nombre de mâles dans notre pays. En 2000 ce chiffre n'excède pas les 1000 mâles. Cette chute drastique a conduit à classer cette espèce comme prioritaire dans les actions de conservation, par exemple un plan d'action à l'échelle de l'union Européenne et un programme Life outarde en France.
Autrefois bien représentées dans toutes les grandes plaines du pays, les populations se sont morcelées. L'espèce a disparu de la Beauce, de la Champagne crayeuse, de la Limagne et des Causses entre autres. Actuellement la moitié de la population française est en Poitou-Charentes et ses abords, l'autre moitié dans le midi avec un noyau principal dans la Crau, où elle est sédentaire. Localement , sur de petites plaines, aérodromes ou camps militaires quelques mâles chantent encore, vestiges des populations anciennes.
Avenir de l'outarde canepetière:
Près de chez nous, la canepetière a pratiquement disparue d'Italie, à l'exception de la Sardaigne, alors que la Péninsule Ibérique constitue le dernier bastion en Europe occidentale avec plusieurs dizaines de milliers d'oiseaux; En France, malgré l'interdiction de sa chasse depuis 1972, l'espèce est en forte régression.
Elle avait maintenu ses effectifs depuis le début du siècle à la faveur d'une agriculture diversifiée. L'outarde canepetière souffre aujourd'hui de la disparition des jachères et des prairies permanentes qui lui assuraient quiétude et nourriture, de l'uniformisation de la plaine, de l'intensification de la culture des céréales, du maïs, du tournesol et du colza, enfin de la diminution des surfaces des prairies et des luzernes. Les récoltes répétées des fourrages entraînent la destruction des nids et la mort des couveuses. Seules la préservation et la restauration des sites favorables permettraient d'enrayer le déclin (ou de sauver de l'extinction) ce magnifique oiseau symbole des grandes plaines.