Tétra lyre: Lyrurus tetrix:

Le tétras-lyre Tetrao tetrix
Classification (Classe, Ordre, Famille) : Aves, Galliformes, Phasianidae (Tetraoninae)
Description de l’espèce:
- Le tétras-lyre est un Galliforme de taille moyenne, au dimorphisme sexuel important.
- longueur du corps : coq 50-53 cm, poule 40-41 cm
- poids : coq 1,1-1,4 kg, poule 0,8-0,95 kg
- plumage du coq noirâtre à reflets bleus métallique, sous-caudales blanches, bande alaire blanche, queue en lyre, caroncules rouges très développées au printemps.
Plumage de la poule brun-gris barré de roux et de noir, queue légèrement échancrée.
- la distinction entre jeunes mâles et jeunes femelles est possible à la fin de l’été, après l’apparition des premières plumes noires sur le dos et sur le cou des coqs .
- à la différence des perdrix, tarses emplumés et doigts munis en hiver de franges cornées qui favorisent les déplacements sur la neige.
Confusions possibles:
- Aucune confusion possible pour les coqs. Poule plus petite que celle de grand tétras et plumage moins barré.
Caractères biologiques:
Régime alimentaire:
- L’adulte se nourrit essentiellement de végétaux, mais recherche parfois des petits invertébrés . En hiver, si les strates arbustives et herbacées sont recouvertes par la neige, l’oiseau peut subsister avec un régime alimentaire composé de rameaux de mélèze (Larix decidua) ou d’aiguilles et bourgeons de conifères (pin à crochets Pinus montana, arolle P. cembra, pin sylvestre P. sylvestris, sapin Abies alba).
Il peut assimiler ces aliments ligneux grâce à la transformation de la cellulose par la faune bactérienne dans ses caeca.
En hiver il s’alimente également de bourgeons de rhododendron (Rhododenron ferrugineum), de rameaux de genévrier nain (Juniperus communis ssp. nana) et de myrtille (Vaccinium myrtillus) tant qu’ils sont accessibles. Au printemps il ajoute à ce régime alimentaire des fleurs et des jeunes aiguilles de mélèze, des pousses et des fleurs de plantes herbacées et quelques fourmis rousses.
En été il préfère les fleurs de composées et de trèfles, les akènes de renoncule (Ranunculus montanus) ou autres fruits secs et les baies, en particulier de myrtille. En automne, baies et fruits secs sont recherchés.
Activité:
- Le tétras-lyre est actif principalement en début et en fin de journée. La durée de ces deux phases d’activité est maximale au printemps quand les oiseaux, surtout les coqs, doivent consacrer du temps à la fois pour s’alimenter et pour parader.
En pleine saison de reproduction, les mâles commencent à chanter une demi-heure avant le lever du jour et peuvent demeurer pendant 4 à 5 heures sur l’arène. En hiver, l’activité des oiseaux est très réduite. Ils ne s’alimentent qu’une heure environ, le matin et le soir, passant la nuit et la plus grande partie de la journée sous la neige, pour limiter les déperditions de chaleur.
- Certains individus sont sédentaires, occupant un espace vital annuel de 50 à 400 hectares. D’autres oiseaux effectuent une migration saisonnière, se déplaçant en automne et au printemps de 1 à 15 km entre leur zone de reproduction et leur zone d’hivernage.
Reproduction et survie:
- Espèce polygame, l’âge de maturité sexuelle des coqs est de 2 à 3 ans. Par contre, les poules se reproduisent dès l’âge d’un an.
- En moyenne : la ponte comporte 7,2 œufs, à la fin du mois d’août environ 40 % des poules mènent une nichée de 3,4 jeunes ; soit un indice de reproduction de 1,4 jeunes élevés par poule.
- L’espérance de vie peut atteindre 10 ans. Le taux de survie annuel est de 60 à 68 % pour les adultes. Le taux de survie des jeunes entre la mi-août et le mois de mai est de l’ordre de 65 %.
Caractères écologiques:
- Dans les Ardennes, les derniers oiseaux sont observés dans des tourbières, des landes marécageuses et des boisements clairs, entre 400 et 600 mètres d'altitude.
- Dans les Alpes, le tétras-lyre occupe l'étage subalpin, entre 1400 et 2300 mètres. Il fréquente des milieux de transition semi-ouverts où s'imbriquent en mosaïque pelouses, landes, fourrés et boisements clairs.
- Dans les Préalpes du Sud (Baronnies, Préalpes de Castellane, de Grasse…), le tétras-lyre est présent en versant nord, dès 700 à 800 mètres d'altitude. Il peut occuper des milieux "atypiques" variés : hêtraies sapinières, hêtraies à if, chênaies pubescentes…
- Ses exigences vis-à-vis de l'habitat sont particulièrement marquées en hiver et, pendant la période d'élevage des jeunes.
- Les nichées recherchent des faciès de végétation qui présentent un bon couvert au sol (de 25 à 50 cm de haut), riches en insectes : pelouses à laîche toujours verte (Carex sempervirens), prairies à dactyle (Dactylis glomerata) et à fétuque rouge (Festuca rubra), prairies à géranium (Geranium silvaticum) et à fenouil des Alpes (Meum athamanticum), landes à éricacées entrecoupées de touffes de graminées et de bouquets d'aulnes (Alnus viridis), pessières claires ou mélézins à sous-bois de graminées et/ou de géranium et/ou de myrtilles.
- En hiver, le tétras-lyre limite au maximum ses déplacements, en sélectionnant des milieux qui satisfont à la fois ses exigences de protection et ses besoins alimentaires : boisements clairs de mélèzes, de bouleaux (Betula verrucosa), de sorbiers des oiseleurs (Sorbus aucuparia) ou de diverses essences de pins (pin à crochets de préférence), le plus souvent exposés au nord (neige poudreuse).
Répartition géographique:
- Espèce paléarctique habitant le nord de l’Eurasie, de la Grande Bretagne jusqu’en Sibérie et en Chine.
- En France, les données les plus récentes (OGM, 2000) attestent de la présence régulière de l'espèce, au cours de tout ou partie de son cycle annuel, sur 653 communes réparties sur huit départements alpins, au cours de la décennie 1990-99. Le tétras-lyre est également présent dans les Ardennes mais seules quelques observations sporadiques ont été signalées sur 6 communes de ce département au cours de la décennie 1990-99.
Carte de répartition de l’espèce en France:
- L'aire de présence du tétras-lyre tend à se contracter lentement sur sa frange occidentale depuis une vingtaine d'années. Cette régression est particulièrement marquée dans les Préalpes du Sud (Diois, Baronnies, Ventoux-Lure, Préalpes de Digne et de Castellane).
Mesures réglementaires prises en faveur de l’espèce
- Au plan national, seul le tir du coq maillé est autorisé. De plus, selon les départements, les mesures suivantes peuvent être prises sur l'initiative des préfets :
· limitation de la période et/ou des jours de chasse ;
· prélèvement maximum autorisé ;
· plan de chasse (Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence)
- La chasse est autorisée sur 7 des 9 départements de présence de l'espèce. Elle est interdite dans les départements du Var et des Ardennes.
- Elle peut être autorisée du 3ème dimanche de septembre au 11 novembre (art. R224.5 du Code rural) mais la réglementation diffère selon les départements.
- La commercialisation est interdite (arrêté ministériel du 20/12/83).
- La chasse ferme en temps de neige.
Etat des populations et menaces potentielles:
Tendance des effectifs
- Les effectifs de tétras-lyre en France sont évalués actuellement à 16000-20000 adultes (OGM, 2000). Plus des deux tiers sont répartis sur les massifs des Alpes du Nord.
- Le suivi des populations sur 21 sites de référence pendant au moins six ans (OGM, 2000) montre :
· une augmentation significative des effectifs dans 2 cas ;
· une diminution significative dans 4 cas.
- Sur les autres sites, les comptages donnent une diminution dans 11 cas sur 15 mais les tendances ne sont pas statistiquement significatives.
- Cette tendance, plus ou moins marquée à la régression, n'affecte pas uniquement des sites situés sur des unités naturelles faiblement peuplées de la frange méridionale de l'aire de répartition mais également des sites appartenant à des unités à forts effectifs, notamment dans les Alpes du Nord.
Propositions de gestion:
Propositions relatives au biotope et au dérangement
- Sur les massifs où l'exploitation pastorale a disparu ou est en voie d'abandon, le contrôle de la progression de certains ligneux (genévriers, rhododendron, aulne vert, épicéa) sur les habitats de reproduction peut s'avérer nécessaire pour éviter l'appauvrissement et/ou la disparition des strates basses nécessaires aux tétras.
- A l'inverse, lorsque la pression pastorale demeure forte et peut entraîner une disparition précoce du couvert herbacé, un retard de pâturage jusqu'à la mi-août dans les habitats de reproduction mérite d'être envisagé.
- Sur les massifs très fréquentés en hiver, une canalisation des skieurs, surfeurs, promeneurs en raquettes et autres usagers peut être mise en place pour préserver la quiétude des zones d'hivernage. Par ailleurs, sur les domaines skiables, certains tronçons de câbles (remontées mécaniques, lignes électriques…) particulièrement meurtriers peuvent être équipés de dispositifs de visualisation pour limiter les collisions de tétras.
Propositions relatives à la chasse
L’application d’un plan de chasse est recommandée. Les quotas sont déterminés, chaque année, en fonction du nombre de coqs présents à l’ouverture de la chasse et du succès de la reproduction. Les effectifs de mâles adultes peuvent être estimés sur la base des résultats de dénombrements au chant réalisés en mai et d’un taux de survie, entre le printemps et l’automne de 0,85 %. Le nombre de coqs de l’année est évalué en fonction de l’indice de reproduction (nombre de jeunes par poule adulte) observé sur des sites de référence décomptés au chien d’arrêt en août, en considérant un rapport des sexes équilibré. Les prélèvements admissibles ne doivent pas excéder 5 % du nombre total de coqs lorsque la reproduction est mauvaise (moins de 1 jeune par poule adulte), 10 à 15 % lorsque la reproduction est moyenne (1 à 1,8 jeunes par poule) et 15 à 20 % lorsque la reproduction est bonne (plus de 1,8 jeune par poule). Aux quotas ainsi obtenus, il convient de plus de retrancher 25 % pour tenir compte des oiseaux blessés non retrouvés.
En cas d’échec de reproduction (moins de 0,5 jeune par poule) aucun prélèvement ne doit être effectué.